Le fort de Brescou,
son histoire

AGATHÉ TYCHÉ,
LA BONNE AVENTURE …

Deux millions d’années avant notre ère, le nord du Languedoc connaît de grandes éruptions volcaniques. Un million d’années plus tard, la terre éclate à côté du futur Mont Saint-Loup. Les flancs du volcan s’entrouvrent, laissant s’échapper des coulées de lave tout autour, et très loin vers le sud. Vers 700.000 ans avant J.-C., de nouvelles éruptions sous-marines, aériennes et terrestres se produisent.

Au fil du temps, l’érosion dessine le Mont Saint-Loup, la Grande Conque, les rochers des Deux Frères, et l’îlot de Brescou.
Les hommes du Néolithique défrichent un coin de forêt pour s’y établir et y pratiquer l’agriculture et l’élevage. L’endroit est sécurisant, à l’abri des vents du Nord, près du fleuve, des marais et de la mer.
Le Volcan s’est éteint, et les forges se sont embrasées. Voici venu l’âge des métaux, des outils, des armes, des parures et des bijoux en cuivre puis en bronze.

Brescou devient le témoin silencieux des premiers cabotages marchands.

700 ans av. J.-C., des navires étrangers approchent.

Qui sont ces hommes qui accostent ? 

D’où viennent-ils ?

Émerveillés et curieux, ils s’engagent sur le fleuve « Arauris » jusqu’au site habité sur le dernier coude. 
Puis, l’exploration se poursuit vers l’arrière-pays et ses gisements de minerai. Entre Massilia et Emporion, ce site devient vite un relai indispensable. Les Phocéens en font un comptoir commercial maritime. 

Agathé Tyché est née, « La bonne forune

Le brassage des peuples celtes, ibères, et ligures crée à Agathé une civilisation particulière à laquelle les grecs apportent leur raffinement.
Au temps des romains Agathé prospère. À l’exploitation des carrières de basalte servant à la fabrication de meules et d’ancres de marines, s’ajoute celle de grands domaines viticoles.

La paix romaine semble éternelle …

Bientôt de lourdes menaces s’annoncent. Face aux incursions barbares et au brigandage, la ville se replie dans ses murs.  Aux temps troublés des Wisigoths, Brescou devient un repère de pillards qui attaquent sans vergogne les navires de passage.

Bientôt, les Maures envahissent la Septimanie. On raconte même qu’ils construisent à Brescou un fort en bois depuis lequel ils contrôlent la côte.  Les armées de Charles Martel le détruiront. Mais pour quelques siècles qui suivront, les lieux ne seront pas plus sûrs. 

Normands, Barbaresques, Pirates et corsaires seront rois des mers.

UN FORT AU LARGE DES CÔTES AGATHOISE

Au plus fort des guerres de religion, le Vicomte de Joyeuse fait bâtir un premier fort à Brescou en 1586.

Il sert alors de point d’appui aux frégates du Corsaire Barberoussette.

Puis le fort passe sous le contrôle d’Henri Ier de Montmorency qui fait élever de nouvelles fortifications. Il instaure une taxe d’escale pour les navires de passage entre l’Italie et l’Espagne.

Quelques années plus tard, son fils, Henri II de Montmorency, se révolte contre Louis XIII. Il sera arrêté et exécuté, et le fort sera partiellement détruit. Le Cardinal de Richelieu fera ensuite commencer la construction d’un môle pour relier le Cap à Brescou.

C’est ce que l’on appelle aujourd’hui « la jetée Richelieu » en hommage à son bâtisseur. Les travaux seront abandonnés après la mort du Cardinal.

Nous voyons le Fort aujourd’hui tel qu’il a été reconstruit en 1680, de nombreux aménagements ont été apportés par la suite, probablement d’après des plans inspirés par Vauban.

1Grande tour servant de magasin à poudre 2Bastion Saint-Antoine et tour du fanal 3Bastion Sainte-Anne 4Bastion Royal 5Demi-lune de la porte 6Bastion Saint-André 7Casernes 8Citerne 9Chapelle 10Logement du commandant — cuisine au-dessus 11Logement des officiers 12Fours 13Magasin à poudre 14Logement de l’aumônier 15Corps de garde

UNE PRISON D’ÉTAT

Au début du XVIIIe siècle, le Roi décide de faire de Brescou une prison d’État. Les motifs de détention pouvaient aller de la raison d’État au simple désir des familles de se débarrasser de parents jugés inopportuns.

Ainsi, joueurs et libertins partageaient, avec criminels et opposants, des conditions de détention très rudes.

Pour la plupart des détenus, la principale préoccupation était l’évasion mais le Fort était équipé d’un pont levis.

Dans le couloir d’entrée se trouvait à gauche la salle des officiers, à droite la salle de garde (dallage d’origine).

À droite : on peut voir la boulangerie, le cellier et le réfectoire. 

Ce bâtiment était surmonté d’un étage. 

À gauche : les cellules et au dessus le logement de la garnison. 

Le bâtiment du fond abritait aussi la garnison (soldats et officiers).
En haut, la maison du commandant, la tour du fanal (XVIIIe siècle), le phare (fin XIXe siècle), les bastions et le chemin de ronde.
Tous les bâtiments avaient donc la même hauteur que la maison du commandant, accentuant l’effet d’enfermement.

LES CELLULES

Dans les cellules voûtées, les prisonniers dormaient sur des paillasses, ou sur des lits pour les plus aisés. 

On estime de 30 à 40, le nombre de prisonniers sur le Fort, la garnison quant à elle représentait 60 soldats environ.

Les seuls torts des prisonniers du Fort étaient en effet d’être un peu trop joueurs, ou buveurs, voir de refuser un mariage arrangé, ou d’avoir des idées trop libérales : en cette période pré-révolutionnaire beaucoup de personnes s’opposaient à l’autorité du Roi, ou à l’autorité religieuse (siècle des Lumières). Cela leur valait un enfermement… parfois à vie.

LA BOULANGERIE

Cette pièce servait à faire du pain. On peut voir un four, et derrière un local où l’on entreposait la farine. L’eau et le sel se trouvaient naturellement dans l’eau de mer alimentant le puits.

LE CELIER

C’est dans cette pièce qu’étaient entreposées la nourriture et les boissons (eau et vin). Sur le fort tout était payant : la nourriture, les boissons, mais aussi le savon, les bougies, le papier à lettre, l’encre… C’était le cantinier qui gérait tous ces stocks, qu’il achetait à Agde, et revendait avec un bénéfice bien sûr aux prisonniers.

LE PHARE ET LA TOUR DU FANAL

La tour du Fanal date du XVIIIe siècle. Elle servait de tour de signalisation, et communiquait avec la tour du Castellas (sur la route de Sète) et la tour des Anglais (sur le Mont St-Loup).

Le phare date du XIXe siècle. Il est alimenté en énergie solaire.

LE RÉFECTOIRE

C’est la seule pièce chauffée du fort. Dans cette pièce les soldats et les prisonniers prenaient leurs repas. Les repas étaient différents suivant que l’on était soldat ou prisonnier. Un prisonnier dont la famille était généreuse pouvait améliorer l’ordinaire de ses repas, et manger mieux qu’un soldat.

Les soldats en garnison sur le fort étaient des soldats en fin de carrière, parfois invalides et donc non apte à servir l’armée. La vie sur le Fort n’était pas gaie ni divertissante pour les soldats. Ceux-ci ont quand même la possibilité de temps en temps d’aller à terre. Soit pour ramener les provisions, soit en permission. Des personnes extérieures au Fort venaient régulièrement. C’est le cas de certains commerçants, mais aussi du barbier, de l’aumônier, voir du médecin.

LES CITERNES

On peut voir un système de collecte d’eau.

PROMENADE DES REMPARTS

En accédant aux remparts nous passons devant une porte murée. C’est là que se trouvait la chapelle aujourd’hui disparue. Ce bâtiment avait été surélevé en 1755 pour réaliser le logement de l’aumônier. Sur la base de la rampe d’accès en basalte on peut voir une inscription « HOT ». C’est le nom du dernier aumônier du Fort.

Le chemin de ronde est appelé promenade des remparts. Les prisonniers avaient le droit de se promener, ils pouvaient même pêcher à la ligne. La vue du large leur donnait des idées d’évasion ! Grâce à des complicités extérieures, il y eu 50 tentatives d’évasion.

LA MAISON DE L’OFFICIER

Le bâtiment, qui se trouve au milieu, est la maison de l’officier commandant du Fort. En dessous est situé l’arsenal, qui ne contenait que des armes sans munition, ceci afin d’éviter les risques d’explosion sur le Fort.

Au début du siècle, et jusque dans les années 60, un gardien de phare vécu dans cette maison avec sa famille.

L’ARSENAL EXTÉRIEUR

Au bout de la petite cour se trouve un long couloir qui longe le bâtiment de la garnison. Après un coude, dans une partie très sombre se trouve l’ancien arsenal dont la construction est extérieure au Fort.

En effet, les sacs de poudre étaient entreposés en cercle dans cette partie. En cas d’explosion, la poudre sortait en mer par la partie extérieure, ce qui permettait d’éviter tout risque de destruction du Fort.

Le Fort servira une dernière fois de batterie de défense côtière pendant la guerre de 14-18. Puis les militaires cèderont la place aux gens de mer pour garder le phare.
Bâti après 1860, le phare actuel est haut de 18m. Sa portée est de 12 km avec un feu fixe.
Les gardiens et leurs familles se succéderont sur l’îlot jusqu’en 1989, date de l’automatisation complète.
Le dernier d’entre eux créera la première compagnie de bateaux promenade pour emmener les visiteurs à la découverte du Fort Brescou.

Malmené par le temps et les éléments, le Fort Brescou aujourd’hui inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, doit être protégé. 

Il est au cœur d’un site rocheux classé Natura 2000 qui abrite une flore et une faune à la fois riches et fragiles.
Par sa beauté, il attire de nombreux plaisanciers, plongeurs et pêcheurs. 
Nous les remercions de faire preuve de respect, et ainsi, de préserver l’avenir.